Ce que je veux garder

Une chanson me trotte dans la tête depuis quelques jours, soit celle de Charles Trenet intitulée Que reste-t-il de nos amours?…  Je la trouve tellement triste et tellement belle.  Elle est à la fois mélancolique, lucide,      profonde, bouleversante et représentative.  Je la trouve surtout collée à la réalité de la vie, au temps qui passe, aux souvenirs que nous forgeons, aux émotions qui nous habitent de la naissance à la mort, aux leçons que nous tirons des événements qui jalonnent notre route et à ce qui reste, en bout de ligne.

Je crois qu’elle m’habite parce que j’y vois plusieurs analogies avec ce printemps exceptionnel de 2020 où une pandémie mondiale a affecté nos vies, mettant sur pause notre rythme de vie, nos habitudes, notre travail, nos occupations, nos relations, nos caprices, notre     insouciance, nos façons de faire, notre sentiment de contrôle.  Contraints par la déclaration d’état d’urgence sanitaire, plusieurs ont dû réorganiser leur quotidien, se recentrer sur l’essentiel, trouver des voies d’accomplissement pour ne pas sombrer dans le désespoir,        chercher des occupations pour sa santé physique et mentale.  Curieusement, plusieurs ont eu du temps pour le faire.

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes dans la période qu’on appelle le «dé-confinement»…  Je        demeure vigilante face à la possibilité d’une deuxième vague à l’automne et je sais que, même si la situation est plus calme, l’ennemi demeure présent.  Je comprends le besoin de liberté ou de libération ressenti par plusieurs, la frivolité, la joie et l’insouciance.  Il s’agit souvent de personnes plus jeunes.  J’essaie de respecter.  Je comprends aussi les personnes plus fragiles ou vulnérables qui ont peur, qui se protègent, qui portent

des masques et qui respectent à la lettre la distanciation demandée.  Il s’agit souvent de personnes plus âgées.  J’essaie de respecter. 

J’ignore toutes les occupations nouvelles ou agréables que les gens ont pu faire pendant ce temps  «différent».       Jardinage, lecture, peinture, casse-têtes, téléphones plus assidus, correspondance postale, promenades en nature, contacts virtuels, ménage, conditionnement physique, méditation, cuisine, musique, chansons, etc.  J’émets     toutefois l’hypothèse que ce sont ces actions qui ont     entretenu l’espoir de «lendemains meilleurs» car c’est l’espoir en demain  qui nous permet d’affronter les       difficultés d’aujourd’hui.  J’émets également l’hypothèse que ce sont les efforts faits qui ont permis de rester proches les uns des autres, solidaires et unis malgré      l’isolement, la tristesse et la peur.

Une question demeure : que restera-t-il de tout cela quand ce grand temps de pandémie sera derrière nous?  Serons-nous plus centrés sur l’essentiel?, prendrons-nous plus de temps pour faire attention à nous et aux autres?, achèterons-nous plus «local»?, aurons-nous un rythme de vie plus lent?, donnerons-nous un nouveau sens à notre vie?, etc.  Ou, au contraire, tout tombera-t-il dans l’oubli et reviendrons-nous à nos anciennes habitudes?  Honnêtement, je crois que la réponse à cette question et ces sous-questions demeure personnelle. 

Je vous invite sincèrement à commencer à vous interroger sur la suite de votre vie.  Paradoxalement, ce grand drame humain a donné l’opportunité d’acquérir du pouvoir sur sa propre vie.  Alors, peut-être faut-il changer la question «que restera-t-il?» par une décision plus consciente et plus responsable comme «ce que je veux garder»…

Bonne continuité           [Carmen Grenier, 14 juin 2020]

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