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Concilier emploi et proche aidance

elise | 1 novembre 2022
Deux horloges posées sur une table
Deux horloges posées sur une table

Concilier emploi
et proche aidance

Concilier emploi et proche aidance : une condition gagnante

La majorité des personnes proches aidantes participe au marché de l’emploi. Certaines d’entre elles consacrent plus de vingt heures par semaine à prodiguer des soins. Dès lors, conjuguer responsabilités de soin et responsabilités d’emploi représente un défi quotidien, tant pour les personnes proches aidantes que pour les organismes ou les entreprises qui les emploient.

Impact sur les personnes proches aidantes

La difficile conciliation de l’emploi et de la proche aidance entraîne diverses tensions qui affectent la santé mentale et physique des personnes proches aidantes. Les tensions financières ne sont pas les moindres. Plusieurs personnes proches aidantes réduisent leurs heures de travail rémunéré (dans ce cas, on évalue à près de 15 000 $ par année la perte moyenne de revenu). D’autres voient leur sentiment d’efficacité personnelle s’affaiblir, modèrent temporairement leurs ambitions professionnelles, voire quittent leur emploi.

Impact sur le milieu de l’emploi

Les difficultés que rencontrent les personnes proches aidantes affectent le milieu du travail. Dans le contexte socioéconomique actuel où la main-d’œuvre se fait rare, soutenir la proche aidance est un choix stratégique. Plus du tiers de la main-d’œuvre canadienne est en effet composé de personnes proches aidantes. On parle de millions de journées de travail rémunéré perdues chaque année au Canada en raison d’absences pour s’occuper d’une personne proche. Une réduction de centaines de millions d’heures de travail rémunéré et de près d’un demi-million de départs. Sur place, la proche aidance influence le rendement : les appels téléphoniques personnels sont parfois plus nombreux, tout comme les retards, les distractions et les erreurs professionnelles. Les départs contribuent à l’accroissement du roulement de personnel ; les congés répétés exercent une pression sur la tâche des collègues et compliquent la gestion des ressources humaines.

La conciliation : une responsabilité partagée

Or, la conciliation emploi proche aidance est avantageuse pour tous. Être à l’emploi tend à diminuer les tensions liées à la proche aidance, car il permet aux personnes de se valoriser en dehors de leur rôle d’aidant ou d’aidante. De même, un soutien adéquat en milieu de travail réduit les conséquences négatives sur le rendement.

Peu d’entreprises ou d’organismes offrent toutefois un réel soutien aux personnes proches aidantes. L’initiative de trouver des solutions revient souvent à ces dernières et le résultat dépend de leur capacité à négocier. C’est le règne de l’arbitraire, du cas par cas. Le résultat relève plus de la faveur que du droit. Paradoxalement, là où des programmes d’aide sont en place (services de conseil et de référencement, par exemple), ils sont peu utilisés.

La proche aidance reste en effet un sujet tabou. Au demeurant, plusieurs personnes proches aidantes peinent à définir leurs propres besoins, à simplement les nommer. Elles éprouvent de la difficulté à reconnaître l’impact des responsabilités de soin qu’elles assument. Tant sur elles-mêmes que sur les différentes sphères de leur vie. De toute façon, elles craignent souvent d’exprimer ces besoins, appréhendent une stigmatisation et préfèrent finalement se débrouiller seule.

Difficile alors pour les entreprises ou les organismes d’intervenir dans ce contexte, sans connaître les attentes. D’autant que plusieurs imaginent la pente fatale qui conduit de l’accommodement à la norme ou du privilège aux revendications collectives. Comment exprimer son empathie, offrir un milieu bienveillant, tout en préservant l’efficacité ou la productivité?

Il n’existe pas une solution unique. Les rôles et les responsabilités des personnes proches aidantes sont multiples. Chaque situation est singulière et évolue dans le temps. Les responsabilités professionnelles varient. Les environnement de travail, aussi.

Certes, la flexibilité des modalités de travail (réduction des heures, aménagement de l’horaire, télétravail, nombre de congés) représente une piste de solution intéressante. Elle doit s’inscrire toutefois dans une politique de conditions de travail plus globale et une volonté d’offrir un environnement de travail compréhensif. Si cette flexibilité se traduit par une diminution du revenu ou si les congés personnels sont utilisés pour assumer les responsabilités de soin, ces mesures ne permettront pas de réduire les tensions vécues par les personnes proches aidantes.

C’est l’heure d’établir des ponts. De créer des aires protégées de dialogue.

D’importants efforts de sensibilisation et de concertation restent à faire pour trouver un point d’équilibre. L’adaptation des normes sociales et l’élaboration de nouvelles politiques publiques y contribueront certainement. Notons que le régime d’assurance-emploi verse, sous certaines conditions, des prestations et que la Loi sur les normes du travail du Québec prévoit des congés pour obligations parentales ou familiales.

Pour aller plus loin

Alberto, Marco, « Aider les aidants : quel espace pour l’innovation sociale dans le soutien aux proches aidants en région? », Revue Organisations & territoires, vol. 29, no 2, juillet 2020.

ContenuBenoit, Prisca, « Travailler en aidant : l’équilibre précaire des proches aidants », Observatoire des réalités familiales du Québec (site web), 8 mai 2020.

Commission canadienne des droits de la personne, Guide sur la conciliation des responsabilités professionnelles et des obligations familiales des proches aidants: stratégies de collaboration pour un milieu de travail compréhensif et performant, 2014.

  • Bien que le document traite de la Loi canadienne sur les droits de la personne qui ne s’appliquent qu’aux organismes et entreprises sous règlementation fédérale (banques, transport et télécommunication), il soulève des enjeux intéressants autour de l’« obligation d’adaptation » et de discrimination fondée sur la « situation familiale »

Fast, Janet, « Caregiving for Older Adults with Disabilities: Present Costs, Future Challenges », IRPP Study, no 58, 2015

Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables des aînés, Aider les employés à concilier vie professionnelle et prestation de soins: conseil à l’intention des employeurs, 2016.

Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables des aînés, Concilier vie professionelle et prestation de soins: conseils à l’intention des employés qui sont aussi proches aidants, 2016.

Gagnon, Mélanie et Catherine Beaudry. « Le bras de fer de la conciliation vie professionnelle-responsabilités de soins des aidantes en emploi : entre équilibre et décrochage. » Enfances, Familles, Générations, no 32, 2019.

Nogues, Sarah et Diane-Gabrielle Tremblay, « La conciliation travail-famille-soins: analyse comparative des besoins et du soutien organisationnel », Nouvelles pratiques sociales, vol 29, no 2, 2018.

Proche aidance Québec, « Conciliation proche aidance travail », site web, 2022.

Une proche aidante peine à concilier emploiet proche aidance.
François Melançon, agent de communication, AsAssociation des proches aidants Arthabaska–Érablesociation des proches aidants Arthabaska–Érable

par FRANÇOIS MELANÇON

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