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Proche aidance et sens de la vie

François Melançon | 10 septembre 2026
Personne proche aidante prenant un moment de réflexion à l'extérieur.
Personne proche aidante prenant un moment de réflexion à l'extérieur.

Proche aidance
et sens de la vie

Proche aidance et sens de la vie : retrouver sa direction intérieure

Qu’est-ce qui donne du sens à notre vie ? La réponse peut évoluer avec les expériences, les pertes, les rencontres et les rôles que nous assumons. La proche aidance peut elle aussi devenir une source de sens, à condition de ne pas perdre de vue la personne derrière le rôle.

Ma direction intérieure

Vouloir aborder le sens de la vie me semble presque paradoxal, quand on sait à quel point je suis dépourvue du sens de l’orientation. Mes compétences pour me repérer dans l’espace frôlent le néant. Le nord, le sud, l’est et l’ouest demeurent pour moi des notions aussi abstraites que mystérieuses. Je suis une fidèle adepte de Google Maps et, disons-le franchement, on m’accorde rarement la responsabilité d’indiquer la direction à prendre.

Et pourtant, c’est sans boussole que j’ai trouvé le sens de ma vie.

Découvrir le sens de sa vie n’est peut-être pas une question à laquelle on trouve une réponse définitive.

On peut parfois passer une vie entière à chercher. Changer d’emploi sans ressentir une réelle satisfaction. Donner énormément de temps aux autres sans y trouver de plaisir. Chercher à se dépasser, à se démarquer, à suivre ce que la société valorise, sans jamais vraiment se demander : « Et moi, qu’est-ce qui me fait vibrer ? »

Puis, parfois, quelque chose arrive et change notre regard.

La naissance d’un enfant. L’accompagnement d’un proche. Le décès d’un être cher. Un voyage. Un nouvel emploi. La peur de mourir. La rencontre d’une personne significative. La découverte d’un talent ou d’une force que l’on ne soupçonnait pas. Un événement peut soudainement nous faire voir la vie autrement.

Quand aider donne du sens

La proche aidance peut devenir le sens de ma vie.

Ces petits gestes du quotidien, ces moments partagés, cette présence auprès de l’autre peuvent parfois suffire à me réconforter et à me confirmer que je suis exactement là où je dois être. Prendre soin, accompagner, écouter, rassurer, être présent : tout cela peut donner une profonde signification à notre existence.

Il n’existe d’ailleurs pas de « bon » ou de « mauvais » sens à donner à sa vie. Il y a celui qui résonne en nous. Celui qui nous apaise, nous donne une direction et, bien souvent, adoucit la vie.

Prendre soin de l’autre sans s’oublier

Mais la proche aidance peut aussi nous éloigner de nous-mêmes lorsque nos limites ne sont plus respectées et que nos besoins ne sont plus entendus.

Car derrière la personne proche aidante, il y a une personne. Une personne avec ses propres besoins, ses aspirations, ses rêves, ses valeurs et son désir de réalisation personnelle. Une personne qui doit parfois apprendre à naviguer entre l’aide qu’elle apporte à l’autre et ce qui lui permet, à elle aussi, de se sentir vivante.

Comment savoir ce qui donne du sens à notre vie ?

Nous sommes souvent tellement occupés à répondre aux besoins des autres, à accomplir nos obligations et à avancer que nous n’entendons plus cette petite voix intérieure qui tente pourtant de nous dire ce qui est important pour nous.

Prendre un moment d’introspection peut permettre d’accueillir ce qui ne va pas, d’entendre ce qui « grince » et de remettre en question certains irritants qui font partie de notre quotidien depuis trop longtemps.

Il peut aussi être utile de rester ouvert aux opportunités, de laisser une place à la créativité, d’accepter de lâcher prise, de rebrousser chemin et d’oser essayer autrement.

Et surtout, se demander : qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ?

Au-delà des obligations, de la réussite ou du regard des autres. Est-ce la liberté ? L’amour ? La transmission ? La créativité ? La famille ? L’entraide ? La découverte ? La beauté ? La simplicité ?

Nos émotions peuvent aussi devenir de précieuses boussoles. Ce qui nous émeut, nous révolte, nous émerveille ou nous donne envie d’agir révèle souvent quelque chose de profondément important pour nous.

Pensons également aux moments où nous nous sommes sentis pleinement vivant·es. Ce n’est pas nécessairement un grand événement. Cela peut être une conversation profonde, une promenade dans la nature, un projet réalisé, un fou rire, un moment de connexion ou simplement le sentiment d’avoir été exactement à notre place.

Reconnaître que nous sommes sur le bon chemin

Le sens n’est pas toujours spectaculaire. Il peut être discret. Il peut se manifester par une sensation d’alignement.

Je reconnais que je suis peut-être sur le bon chemin lorsque je sens que mes choix correspondent à qui je suis. Lorsque je me sens vivant·e, en harmonie, plus libre. Lorsque mes décisions sont en accord avec mes valeurs et respectent mon rythme. Lorsque je peux exprimer mes choix sans craindre le jugement des autres. Et peut-être surtout, lorsque je me préoccupe un peu moins de ce que les autres pensent.

Lorsque je demeure connectée à ce qui rythme ma vie, la pression extérieure m’affecte moins. Je comprends alors une chose essentielle : je ne pourrai pas changer le monde.

Et lorsque nous perdons le sens ?

Parce que oui, cela arrive.

Il est tout à fait naturel de perdre le sens, de ressentir de la fatigue ou de la détresse lorsque la vie nous sort de notre zone de confort.

La maladie d’un proche en est un exemple particulièrement parlant. Elle bouleverse nos repères, nos habitudes et nos priorités. Ce qui avait du sens hier peut soudainement ne plus en avoir aujourd’hui. On avance alors un peu à tâtons, sans savoir exactement où aller.

Retrouver sa direction intérieure

Retrouver le sens nécessite parfois de revenir à soi.

Prendre du recul. Se questionner. Revisiter ce qui fait naître en nous un sentiment de paix intérieure. Comprendre ce qui nous apaise, ce qui nous nourrit et, au contraire, ce qui nous épuise. Et surtout, se donner le droit de changer.

Quelques questions pour amorcer la réflexion

Pourquoi ne pas prendre quelques minutes pour compléter spontanément ces phrases ?

  • Je me sens vivant·e quand…
  • Ce qui me touche profondément, c’est…
  • J’aimerais contribuer à…
  • Ce que je ne veux pas regretter, c’est…
  • Si je n’avais rien à prouver à personne, je…
  • À cette étape de ma vie, j’ai envie de…

Certaines personnes rassurent. D’autres rassemblent, enseignent, créent, écoutent, prennent soin, font rire, inspirent. Ce que nous offrons spontanément peut être une partie importante de notre contribution.

Puis, regardons les mots qui reviennent. Ce qui nous fait sourire. Ce qui nous émeut. C’est souvent là que quelque chose commence à apparaître.

Parce que le sens n’est peut-être pas quelque chose que l’on trouve une fois pour toutes. Il évolue avec nous, au fil des expériences, des pertes, des rencontres et des transformations de la vie. Le sens de notre vie à 30 ans n’est pas nécessairement celui de nos 50 ou 70 ans. Certaines périodes sont consacrées à construire, d’autres à aimer, transmettre, accompagner, ralentir ou simplement savourer.

Alors peut-être que le sens de la vie n’est pas tant de trouver « pourquoi je suis ici » que de répondre, progressivement, à une question beaucoup plus simple :

« Qu’est-ce qui mérite que je donne mon temps, mon attention et mon amour ? »

Une question qui, avec le temps, peut devenir notre véritable boussole.

Personne proche aidante réfléchissant
Linda Bouchard, directrice générale de l'Association des proches aidants Arthabaska–Érable

par LINDA BOUCHARD

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